L’île de Pâques : le miroir de notre planète !!
Que s’était‑il passé ?
Une dégradation massive de l’environnement provoquée par la déforestation de l’île. Lorsque les premiers Européens y débarquèrent au XVIIIe siècle, ils la trouvèrent totalement déboisée à l’exception d’une poignée d’arbres isolés au fond du plus profond cratère du volcan éteint de Rano Kao. Or de récents travaux scientifiques, dont l’analyse des types de pollen, ont montré qu’au v’ siècle l’île de Pâques possédait une épaisse couverture végétale incluant des bois touffus. À mesure que la population se développait, il a fallu abattre de plus en plus d’arbres afin de fournir des clairières à l’agriculture, du carburant pour le chauffage et la cuisine, du matériau de construction pour les habitations, des canoës pour la pêche, et des troncs pour transporter les statues sur des sortes de pistes flexibles le long desquelles les faisaient glisser des centaines d’ouvriers. Autrement dit on utilisa de prodigieuses quantités de bois. Et, un jour . . . il n’y en eut plus assez !
La déforestation de l’île ne sonna pas seulement le glas de toute vie sociale ou religieuse un peu élaborée : elle eut également des effets spectaculaires sur la vie quotidienne de la population. En 1500, la pénurie d’arbres contraignit bien des gens à ne plus construire des maisons en planches mais à vivre dans des grottes et, quand environ un siècle plus tard le bois finit par manquer totalement, tout le monde dut se rabattre sur des habitations troglodytes creusées au flanc des collines ou de frêles huttes en roseaux taillés dans la végétation qui poussait en bordure des lacs de cratère. Plus question de bâtir des canoës : les embarcations en roseau ne permettaient pas d’entreprendre de longs voyages.
La pêche devint aussi plus difficile car le bois de mûrier avec lequel on fabriquait les filets n’existait plus. La disparition de la couverture boisée appauvrit encore le sol de l’île qui souffrait déjà d’un manque d’engrais animaux convenables pour remplacer les éléments nutritifs absorbés par les cultures. L’exposition accrue aux intempéries aggrava l’érosion et fit rapidement chuter le rendement des cultures. Les poulets devinrent la principale source de ravitaillement. À mesure que leur nombre augmentait, il fallut les protéger du vol. Mais ils ne pouvaient suffire à faire vivre sept mille habitants, et la population déclina rapidement.
À partir de 1600, la société décadente de l’île de Pâques régressa vers un niveau de vie toujours plus primitif. Privés d’arbres et donc de canoës, les insulaires se retrouvaient prisonniers à des milliers de kilomètres de leur patrie natale, incapables d’échapper aux conséquences de la débâcle de leur environnement dont ils étaient eux-mêmes responsables. L’impact social et culturel du déboisement fut tout aussi important. L’impossibilité d’ériger de nouvelles statues dut avoir un effet dévastateur sur les systèmes de croyances et d’organisation sociale et remettre en question les fondations mêmes sur lesquelles s’était édifiée cette société complexe.
Les conflits se multiplièrent, provoquant un état de guerre quasi permanent. L’esclavage devint pratique courante et, à mesure que se raréfiait la quantité de protéines disponibles, les habitants se livrèrent au cannibalisme. L’un des principaux objectifs de ces guerres était de détruire les ahu des clans adverses. La plupart des magnifiques statues de pierre furent ainsi peu à peu abattues. Face à ce paysage désolé, face à l’ignorance des insulaires qui avaient perdu au fil des siècles la mémoire de leur culture, les premiers Européens ne comprirent pas quelle étrange civilisation avait pu un jour fleurir sur l’île. Mille ans durant, les Pascuans surent conserver un mode de vie correspondant à un ensemble raffiné de coutumes sociales et religieuses qui leur permit non seulement de subsister, mais de s’épanouir.
Il s’agit à bien des égards d’un triomphe de l’ingéniosité humaine et d’une apparente victoire sur un environnement hostile. Or, au bout du compte, la croissance de la population et les ambitions culturelles des insulaires se révélèrent trop pesantes pour les ressources limitées mises à leur disposition. Celles‑ci épuisées, la société ne tarda pas à s’effondrer, entraînant les habitants à un niveau proche de la barbarie. Il suffisait à ces hommes, totalement isolés du reste du monde, d’une journée pour faire le tour de leur petite île et comprendre la nécessité vitale de créer un bon équilibre avec leur environnement.
Au lieu de cela, ils l’exploitèrent comme si les possibilités qu’il leur offrait étaient illimitées. Pis, alors même que les lacunes de l’île devenaient cruellement évidentes, la lutte entre les clans semble s’être intensifiée : on sculptait de plus en plus de statues qu’on transportait à travers l’île dans un ultime effort pour assurer son prestige, quitte à en laisser un grand nombre inachevées et abandonnées à proximité de la carrière, sans tenir aucun compte de l’inquiétante pénurie d’arbres qu’une telle escalade entraînait.
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